La prise de conscience du mythe de l’euro a fait réaliser que depuis dix ans, tous les États ont amélioré la croissance tranquillement, avec de réguliers déficits, si sympathiques pour embellir la conjoncture. La crise a cristallisé l’évidence de ce système fondé sur la solidité de l’euro jusqu’à mettre en doute l’existence même de cette monnaie. Comme nous l’avons si souvent rabâché depuis des années, une monnaie commune sans fiscalité et sans finances communes n’existe alors qu’en apparence. Aux gouvernements européens et à Bruxelles d’en prendre vite conscience si l’on veut éviter la désagrégation de ce rêve d’unité.
Nous connaissons actuellement une période économique et monétaire totalement inconnue des manuels théoriques ou historiques quant à la monnaie. La banque centrale américaine a montré l’exemple en achetant obligations et hypothèques pour empêcher les taux d’intérêt de monter en monétisant la dette à tour de bras. En truquant les taux, personne ne sait plus très bien où ils devraient être. Il est vrai qu’une forte hausse des taux ravagerait le secteur financier et immobilier. Mais le risque de nourrir des spéculations et les bulles avec un taux zéro est quasi sûr ; quant au risque d’hyperinflation, la question reste ouverte et explique la hausse de l’or. La banque centrale européenne a enclenché également le mouvement. Le sévère Jean-Claude Trichet, Président de la Banque Centrale Européenne, qui s’inquiétait il y a peu encore des potentialités d’inflation, a instruit ses services d’acheter de la dette européenne à tout va pour calmer les distorsions importantes entre les différentes signatures européennes et fournir en liquidités les pays les plus faibles pris en tenaille entre l’agressivité des hedge funds et la peur des gérants d’épargne obligataire. Jusqu’où peut aller ce système en gardant une certaine crédibilité ? Personne ne le sait puisque nous n’avons jamais connu ce cas de figure… uncharted territories.
Deuxième problème à résoudre : la répartition des revenus du capital et du travail. Sans croissance et sans progression du pouvoir d’achat, les économies des pays industrialisés rentrent au mieux en stagnation. La défiscalisation due à la mondialisation a touché ses limites et flirte avec la déraison. Si les sociétés ne paient plus d’impôts et que les cotisations sociales des salariés amputent le pourvoir d’achat pour réduire les déficits publics, nous allons vers le claquage de l’élastique du rapport capital-travail avec des conséquences sociales désastreuses. Un taux minimum de l’impôt sur les sociétés doit être trouvé entre les grands partenaires économiques pour éviter un déséquilibre destructeur. Cette aberrante incohérence vient d’être consacrée en Suisse par l’entrée dans l’indice Suisse de la Société Transocean Drilling, leader mondial du forage. Le Président Obama ayant interdit la défiscalisation des sociétés américaines aux Bermudes, celles-ci se sont réfugiées en Suisse dans les cantons spécialistes de la compétition fiscale internationale. Swiss Life sort de l’indice, Transocean y rentre. Ne parlons pas de l’effroyable catastrophe (oilspill) du Golfe du Mexique, mais quel serait le reflet de l’indice suisse s’il devait comporter un grand nombre de sociétés étrangères n’ayant aucun lien sinon fiscal avec la Suisse! Délire! Excès de la finance jusqu’à l’absurde.
Le problème des retraites est également une question à résoudre rapidement. Les gens âgés peuvent-ils être au bénéfice de retraites confortables et indexées, quand les jeunes sont au chômage et les adultes de moins en moins nombreux à travailler? Qui paiera l’allongement de la durée de vie? Et en plus dans une sombre période économique... Problèmes éminemment politiques ne pouvant être résolus que dans le temps. Les hôtels, tours opérateurs et croisières ont une clientèle pour plus des trois quarts de gens âgés. La croisière s’amuse tandis que les actifs devraient rallonger les heures pour payer les retraites des seniors? L’exercice va vite toucher ses limites.
La masse énorme de production et d’activité économique transférée en Asie et en Chine, devenue ses ateliers de fabrications des produits manufacturés dans le monde, a transféré également les ressources financières vers ces pays qui abondent les déficits des pays industrialisés. Quand leur épargne restera pour s’investir sur place et être consommée localement, la réduction de train de vie des agents économiques dans les anciens grands pays va être drastique, et l’on assiste probablement à ses débuts. Redistribution géante des revenus mondiaux, les bénéfices de la mondialisation vont peut-être maintenant se renverser pour ceux qui en ont profité le plus depuis vingt ans.
Les marchés peuvent connaître un léger mieux ces prochaines semaines en rééquilibrage de la saignée de mai. La morosité va cependant prévaloir, les problèmes difficiles sont trop nombreux à résoudre, la confiance difficile à retrouver et les risques de dérapages potentiels nombreux et variés. Le dollar, dont les plus grands économistes écrivaient la fin du rôle de monnaie de réserve il y a six mois, devrait se réajuster plus bas pour corriger son excès de hausse-surprise. Les quatre monnaies dominantes sont toutes malades et les dévaluations compétitives continuent. Aucune n’a plus d’attrait que l’autre et c’est pour cela que l’or continue à monter. Morosité, morosité…
P.-S. Accenture a touché le cours de clôture de 1 cent le soir où les ordinateurs de Wall Street sont devenus fous.
Goldman Sachs a gagné en moyenne 35 millions de dollars par jour au premier trimestre sans un jour de perte.
La Chine investit massivement en Grèce.
Tout un chacun est prostré devant son iPod, iPhone et iPad.
La Société Générale espère doubler son bénéfice en deux ans grâce à sa salle de marché ! Faites revenir Kerviel…
Non, non rien n’a changé, tout, tout a continué…