La hausse des produits alimentaires tirée par les performances des matières premières agricoles a sévèrement impacté le pouvoir d’achat des plus pauvres. Dans ce contexte, l’explosion de mécontentement propagé par Internet dans le bassin méditerranéen a fini par toucher Bahrein, l’Arabie Saoudite, le Yémen et surtout la dictature lybienne. Les populations informées par le Net ne comprennent pas les fabuleuses réserves de change de leur pays en proie à une criante misère. Bien que la Lybie ne représente que 2% de la production mondiale et que le pétrole soit disponible en abondance, la spéculation mondiale a envoyé le Brent à 115 dollars le baril, entrainant une hausse de l’énergie propre à ralentir l’économie mondiale. Incertitudes à nouveau pour la reprise. Les produits alimentaires (café, cacao, soja, etc.) sont également en forte hausse.
On voit même le spéculateur surnommé « choc (olate) Fingers » prendre livraison de 80 % de l’échéance du cacao pour squeezer le marché et les vendeurs à découvert comme au bon vieux temps. Rien n’a changé.
Aux États-Unis, les signes encourageants de reprise du crédit à la consommation, le léger frémissement de l’emploi et un début d’effet de richesse pour la reprise de la bourse permettaient d’espérer une conjoncture soutenue pour l’année 2011, en dépit de l’état moribond du secteur de la construction. La Federal Reserve, en fin de collecte de toutes les obligations d’état à long terme pour empêcher la hausse des taux d’intérêt, se doit maintenant d’augmenter les taux graduellement pour encourager l’épargne et refroidir la spéculation. Une économie à taux zéro ayant déjà produit des ravages du temps d’Alan Greenspan, il est grand temps pour la Fed de serrer la vis du crédit spéculatif. Les crédits traditionnels sont en effet très peu utilisés, les sociétés regorgeant de cash. Le marché obligataire reste dangereux sur les obligations gouvernementales, sur celle des états et municipalités en difficulté également. Seules les bonnes obligations industrielles rassurent les épargnants.
Le grand fonds obligataire Pimco de Bill Gross a déclaré solder son poste d’obligations d’état américaines. A quand le rating AA sinon A de nombreux pays ? Décidement, Moody’s, Standard and Poors et Fitch pratiquent la politique du rétroviseur bien poli. Les élections approchant, il n’est plus question de réforme pour l’administration Obama, mais de relance. Avec quels moyens ?
En ce qui concerne les banques, la réforme Volker sera minimum et le grand casino pourra continuer. Point d’orgue de cette période dramatique 2008, le Président de Lehmann Brother a une telle batterie d’avocats que la SEC et le gouvernement désespèrent de le faire condamner pour faux bilans. Richard Fuld est peut-être à la veille d’une paisible retraite.
En Europe, la réunion au sommet des chefs d’États devrait essayer de faire progresser la solidarité européenne, mais l’Allemagne, en proie à ses tourments électoraux futurs ne dira rien qui pourrait fâcher les électeurs de la chancelière. La France, quant à elle, pousse à la fuite en avant, élections obligent également. Dans le même temps, le Portugal se bat pour ne pas capituler, l’Espagne lève 15 milliards d’Euro pour ses caisses d’épargne et l’Irlande n’entend pas changer sa fiscalité concurrente déloyale envers ses sauveurs européens. La convergence est longue et douloureuse. Une fiscalité unique n’est pas pour demain, même si les excès les plus criants vont finir par se gommer.
La reprise de l’euro contre dollar s’est faite sur des annonces de difficulté sur le plafond de la dette US et de certains états et municipalités – Gageons que de nouveaux soubresauts dans la zone euro ramèneront le dollar vers les 1.32. Dans le même temps, les autorités suisses de la BNS essayent de calmer la spéculation sur le franc suisse. Mais mis à part un double marché de la devise entre transactions réelles et virtuelles, que peut la BNS ? Tout comme la zone américaine, la zone européenne reste dans un profond brouillard.
Le drame sans précédent qui vient de frapper le Japon est trop récent pour pouvoir en tirer des conséquences. La sûreté des centrales nucléaires se trouvera remise en cause par les écologistes dans toutes les élections.
La reconstruction des zones sinistrées sera sans doute plus rapide qu’on ne le pense, mais la dette japonaise risque de gonfler encore plus.
Quant aux pays émergents, leur croissance rapide est contrebalancée par leur instabilité sociale. La preuve vient une nouvelle fois d’en être apportée. La baisse de leurs marchés boursiers a été assez sèche. Nous avions appelé à la prudence sur tous les marchés obligataires et les actions émergentes tant les évaluations faisaient une surprime sur les marchés continentaux. L’accent mis par des caisses de retraite, comme le fonds de réserve des retraites de la sécurité sociale française sur ce secteur, ne signalait pas un marché en voie de découverte. La baisse n’est pas encore suffisamment sensible pour signaler une occasion majeure.
En conclusion, les marchés obligataires et les marchés émergents sont dans un mouvement de réaction baissière assez prévisible. Pourtant, les marchés boursiers majeurs se sont repliés en bon ordre pour une raison évidente : leur morosité positive depuis des mois reste très atone et sans excès. Le mouvement fondamental de hausse dû au QE2 n’est donc probablement pas terminé. Les valeurs à surveiller pour procéder à des achats sont les valeurs de fonds de portefeuille disposant d’actifs importants et défendues par des dividendes substantiels. Seul ce genre d’affaires est apte à traverser les crises, les Mid- et Small-Caps étant à diminuer vu leur très bon parcours en 2010.
Dans l’épais brouillard que nous traversons, l’or reste l’indispensable phare antibrouillard.