Banque Privée Edmond de Rothschild Lugano
03/02/2012 - Points de vue

Des attentes ajustées à la réalité

Les perspectives sont négatives et les politiques ont pris la mesure des problèmes, ce qui devrait rendre les marchés moins aléatoires

Les crises de surendettement ne sont pas nouvelles

La crise que nous traversons frappe d’autant plus durement que nous faisons face à des problématiques ignorées jusque-là par notre génération. Les crises de surendettement ne sont pas totalement nouvelles. Un exemple, l’Amérique latine dans les années 70-80. Contrairement aux affirmations du directeur général de Citicorp à l’époque, le problème est qu’un pays peut faire faillite, mais il ne peut pas disparaître ou être liquidé. Il est contraint à se remettre sur pied pour fonctionner à nouveau.

Le monde est entré dans le 21e siècle boulimique de consommation

De libre-échange, de croissance quantitative sans penser une seconde que le bonheur des individus pouvait se trouver ailleurs. À ce jeu les États-Unis ont donné le ton. La révolution technologique leur permet une avance certaine et leur a aussi permis d’imprimer leur marque culturelle sur une génération au niveau planétaire. Vouloir s’imposer allant de pair avec des vues impérialistes, ils se sont lancés dans les guerres «Bush» qui leur coûteront au moins aussi cher que la Seconde Guerre mondiale. Pour financer ces conquêtes qui n’en étaient pas, une politique monétaire accommodante était de mise. Ironie du sort, les taux d’intérêt très bas, qui devaient permettre de s’endetter et maintenir la croissance économique, ont provoqué une explosion de la croissance dans les pays émergents qui a, à son tour, conduit à une hausse très forte des prix de l’énergie et des matières premières.

Une crise financière violente avec pour racine l’endettement immobilier américain allait mettre une limite à cette dérive en 2008. L’effet collatéral fut d’ébranler la construction européenne et celle de l’euro. Ce dernier avait en effet supprimé le débiteur de dernier ressort pour la dette d’État, la banque centrale du pays. Il ne restait pour seul garde-fou que les critères de Maastricht, dont le respect est rapidement devenu plus qu’approximatif.

Accès à l’emprunt pour l'Europe, la confiance a disparu

Parler d’endettement est une chose. Avant toute chose, il faut parler d’accès à l’emprunt. L’Europe est dans une situation difficile, car la confiance a disparu, restreignant dès lors la capacité d’emprunter. Faire de la défense du triple À un objectif politique est de la pure démagogie quand on boucle 37 ans de déficit du budget de l’État. À ce petit jeu, les États-Unis ont une longueur d’avance sur un amalgame de pays dont l’intégration est peu homogène. En réduisant leur effort guerrier, ils affecteront fortement leurs dépenses. Le débat politique préélectoral aura pour enjeu les questions essentielles et pourra avoir un effet sur la psychologie des marchés financiers. Enfin, c’est le pays développé où il est le plus vraisemblable que la pompe du crédit bancaire se réamorce.

Etats-Unis, de bonnes surprises en 2012

Pour faire bref, les États-Unis sont à la veille d’un changement politique, ils ont les moyens et le vécu historique de mener des cures drastiques, leur système bancaire n’est pas aussi chargé de plomb qu’en Europe et en termes relatifs, ils gardent une capacité d’emprunt. Enfin, le dollar se renforce, ou plutôt, l’euro baisse, car le marché commence à prendre conscience de l’ampleur de la situation européenne et du temps nécessaire à une remise sur les rails. Si 2012 devait réserver une bonne surprise, la situation est doublement intéressante aux États-Unis: la monnaie risque de demeurer ferme et la bourse verra une reprise.

Beaucoup de choses extrêmement négatives ont été dites sur 2012 et, rarement, les attentes sur les marchés ont été aussi noires. Pourtant, une chose est sûre : l’année a été abordée avec des attentes ajustées à la réalité de l’environnement global. Seules certaines prévisions bénéficiaires pour les entreprises semblent être encore un peu surfaites. Un tel contexte, allié au fait que les forces politiques ont maintenant pris la vraie mesure de l’ampleur des problèmes, devrait rendre les marchés moins aléatoires et les investisseurs enclins à prendre progressivement plus de risques.

La situation suisse est en demi-teinte

Quoi que l’on pense de l’affaire qui a ébranlé notre banque centrale, il reste un fait: la manière dont on a laissé le franc s’apprécier entre 1,45 et 1,0749 contre l’euro va avoir des conséquences économiques négatives certaines sur l’industrie et le tourisme. Quant au secteur bancaire affecté lui aussi par le niveau de notre monnaie, il va vers un redimensionnement forcé largement imputable au manque de soutien politique. Le rôle de l’État n’est-il pas de veiller sur la prospérité de l’ensemble? Ce mépris des politiques par rapport aux forces vives de sa population risque de laisser un goût très amer à ceux qui seront laissés sur le bord du chemin en devenant chômeurs.

Des attentes ajustées à la réalité
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