Banque Privée Edmond de Rothschild Lugano
22/07/2010 - Points de vue

Depuis avril, des marchés kafkaïens

Absurdes et inquiétants sont les qualificatifs qui siéent le mieux aux marchés depuis la fin avril. Le niveau de corrélation entre des actifs divers a tout à coup tendu vers 100%, poussant, entre autres, les actions et les métaux précieux en même temps vers des niveaux techniques très dangereux.

Mon avis sur l’analyse technique reste clair: c’est un excellent indicateur de psychologie de marché. En revanche, il faut des forces externes – un contexte macro, microéconomique ou géopolitique particulier – pour déclencher des mouvements importants. Or ceux qui parlent aujourd’hui de double plancher conjoncturel devraient essayer d’imaginer ce que cela signifie réellement: au dernier trimestre 2008, l’économie mondiale était à l’arrêt et nous n’allons pas revivre un tel phénomène, sauf circonstances exceptionnelles. Les marchés ont baissé avec cet alibi mais la raison profonde de ce déclin est tout autre.

Elle est à chercher du côté de la crise de la dette souveraine. On a dès lors assisté à un «deleveraging» [ndlr: réduction du recours à l’emprunt] massif de positions. L’absurde dans cette histoire est qu’en allant se réfugier de l’autre côté de ­l’Atlantique, les investisseurs ont poussé l’Europe à la rigueur. Et permis au pays de l’Oncle Sam de continuer à se financer aisément en faisant chauffer sa carte de crédit estampillée Trésor. L’inquiétant reste qu’une fois que la rigueur aura pris en Europe, ces mêmes investisseurs retraverseront l’Atlantique. Et inverseront le pendule de la baisse de l’euro face au dollar.

En attendant les exportateurs allemands se frottent les mains: en été 2010, les vacances seront remplacées par des heures supplémentaires. Dans l’avenir immédiat, les résultats des entreprises donneront une image plus sereine de l’économie, qui rassurera les marchés. La croissance est au rendez-vous et elle doit beaucoup à cet environnement absolument anormal de taux d’intérêt très bas. La bourse est donc attractive.

Mais comme les marchés sont illogiques, le pari demeure plus risqué que d’habitude. Il vaut donc mieux procéder par tranches. Si, plus tard dans l’été ou durant l’automne, la crise de la dette européenne revient sur le devant de la scène, on pourra passer une seconde couche.

Il est en revanche beaucoup trop tôt pour s’intéresser à nouveau à l’euro, mais l’idée devra être développée en 2011 car l’appréciation du dollar n’est basée sur aucune vertu fondamentale.

La patience est le maître mot car la performance 2010 se fera sur une période très brève. L’important est de ne pas trop céder de terrain. L’été sera sans doute propice à un peu de «trading».

Frédéric Binggeli - Le Temps- lundi 19 juillet 2010

Depuis avril, des marchés kafkaïens
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